Avec « Les gueux », une expression emblématique du racisme social, Alexandre Jardin ne pense, n’agit et ne parle pour les « sans », mais instrumentalise le racisme social actuel pour…

Cette publication comprendra trois notes. Voici la première.

Le site « Les #Gueux » met en scène une rhétorique du « bon sens » « populaire », qui masque un positionnement idéologique. Lequel ?

Une mise en scène du « peuple » très univoque

Le vocabulaire mobilisé (« les #Gueux », « victoire du peuple », « grande victoire populaire ») construit un peuple homogène, unanimement opposé aux ZFE et à la PPE3, comme si ces politiques ne faisaient l’objet d’aucun débat au sein des classes populaires elles‑mêmes, comme si les effets visés par ces mesures n’étaient pas néfastes pour tous.

Cette homogénéisation s’accentue lorsque le mouvement affirme « porter la voix de ceux qu’on n’entend jamais (agriculteurs, pêcheurs, boulangers, artisans, salariés, retraités, jeunes, entrepreneurs…) », avec pour vocation « d’unir la société derrière nos causes » et « d’unifier le pays ». Logique : qui pourrait prétendre vouloir penser et agir seulement pour quelques uns ? « L’intérêt général », c’est ce que tous invoquent.

Parmi les catégories énumérées pour désigner « le peuple » , nombre de citoyens ne sont ni invisibilisés ni structurellement « sans voix » : « agriculteurs, pêcheurs, boulangers, artisans, salariés, retraités, jeunes, entrepreneurs…». Cette sur‑généralisation reconstruit artificiellement une France des « petits » (agriculteurs ? artisans ? entrepreneurs ?) unifiée, contre des « puissants » indifférenciés, ce qui rapproche la rhétorique des #Gueux du mouvement poujadiste, avec la mobilisation d’un peuple fantasmé des « oubliés » autour d’un refus des impôts, des normes et des politiques publiques perçues comme autant de violences venues d’en haut. Cette fiction d’un peuple unifié permet de délégitimer à l’avance toute opposition en la rangeant du côté des « élites » ou des technocrates, sans reconnaître la pluralité des intérêts sociaux (habitants des centres vs périurbain, locataires vs propriétaires, travailleurs de secteurs carbonés vs emplois de la transition, etc.).

Le « bon sens » comme écran idéologique

La devise « Le bon sens en action » donne à des choix très discutables une apparence d’évidence et de neutralité. Présenter la suppression des ZFE ou le moratoire sur la PPE3 comme du simple « bon sens » empêche de poser les termes du conflit : arbitrage entre santé publique, climat, inégalités territoriales, coûts à court terme et risques à long terme.

Une écologie d’exclusion : anti‑ZFE, anti‑éolien, anti‑photovoltaïque

La « démarche » revendique simultanément la suppression des ZFE, un moratoire sur la PPE3 et le refus de « l’explosition » de l’éolien et du photovoltaïque, tout en prétendant assurer une électricité décarbonée. Ce triptyque produit une écologie paradoxale : on refuse les instruments de réduction des émissions (ZFE), on bloque la planification énergétique, et on dénigre les ENR, en transférant tout le poids sur le nucléaire et l’hydraulique, sans discuter des délais, des risques, des coûts d’investissement, ni des limites physiques de ces filières.

Une critique sélective des dispositifs existants

La dénonciation des DPE, réduits à un « dispositif » qui « empêche de vendre ou de louer des biens mal classés », ne dit rien des enjeux de sobriété énergétique, de précarité de chauffage ou de justice sociale pour les locataires. En se focalisant exclusivement sur les contraintes subies par les propriétaires, le discours passe sous silence les inégalités structurelles.

Capitalisation sur la figure d’auteur engagé

La section « À propos » met fortement en avant la carrière d’écrivain d’Alexandre Jardin et ses engagements associatifs passés (Lire et Faire Lire, Bleu Blanc Zèbre), afin de légitimer politiquement la nouvelle structure. Cette biographisation du projet crée l’illusion d’une continuité entre des actions éducatives ou « réparatrices » et un programme très orienté contre les politiques publiques environnementales, sans expliciter ce saut ni les intérêts que ce repositionnement sert.

Une « démocratie » réduite à l’abolition des contraintes

Enfin, le vocabulaire de la « victoire démocratique » réduit la démocratie à la capacité de faire supprimer des normes contraignantes (ZFE, DPE, PPE3), comme si la décarbonation, la qualité de l’air ou la protection des locataires n’étaient pas, elles aussi, des exigences démocratiques.
La plateforme ne propose pas de dispositifs de délibération, de redistribution ou d’accompagnement social à la hauteur des enjeux ; elle se contente d’agréger des mécontentements autour du registre affectif du « bon sens » et du ressentiment contre la transition écologique.

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