
La responsabilité de la France « est de veiller à ce que le droit international humanitaire puisse être respecté ». La chose est dite le 30 octobre 2025. « Nous défendons le droit international et la libertés des peuples ». La chose est dite le 5 janvier 2026.
C’est beau. Nous applaudissons tous. Il se trouve que la première a été faite par un certain Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères français, au cours d’une conférence intitulée « Sauvegarder le droit international humanitaire », et la seconde par Emmanuel Macron en personne, en plein conseil des ministres.
Il se trouve aussi que, depuis le début de la guerre génocidaire qu’Israël mène contre la bande de Gaza, la France agit à l’opposé. Rappelons-le, s’il est encore besoin : à suivre l’armée israélienne elle-même, 83 %, au moins, des personnes assassinées sont des civils. Qu’a fait, face à cela, l’État français en maintenant plus de deux ans ? Il n’a pris aucune sanction contre un État bafouant ouvertement – et même fièrement – le droit international et le droit international humanitaire. Pire : à travers un soutien politique, diplomatique, moral et matériel1, l’État français, à l’instar de nombre de ses homologues européens, à permis à ce massacre insensé de continuer, contrevenant par là même à l’ensemble de ses obligations juridiques. Le 29 juillet 2025, une plainte contre Emmanuel Macron, Jean-Noël Barrot ainsi que d’autres membres de l’exécutif français a ainsi été déposée par 114 avocats devant la CPI, pour « complicité de génocide à Gaza ».
Israël peut donc poursuivre son œuvre de mort sous nos yeux. Son gouvernement annonce de nouveaux plans d’annexion de la Cisjordanie, enterrant dans les faits toute possibilité d’un État palestinien. Il annonce le désenregistrement de 37 ONG internationales, compromettant l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza. Quant à la Knesset, elle vient de passer en première lecture une loi prévoyant la peine de mort rétroactive pour les prisonniers palestiniens accusés de meurtre – cette loi ne s’appliquant pas aux Israéliens. Que fait la France en retour ? Elle s’attaque, par la voix dudit ministre des Affaires étrangères, à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations-Unies sur les territoires palestiniens occupés. On a bien lu. Mais on n’est plus tout à fait surpris.
Le 11 février dernier, Jean-Noël Barrot a ainsi réclamé la démission de Francesca Albanese. Il fallait tout de même trouver un motif. Des propos. Et même des propos « outranciers et coupables » : la juriste italienne a déclaré quelques jours plus tôt, le 7, qu’« Israël est l’ennemi commun de l’humanité ». Ces propos deviennent une citation ; virale, évidemment. Sauf que : ces propos, elle ne les a pas tenus. Barrot, et ses nombreux relais, mentent au grand jour.
Écoutez plutôt la prise de parole de la rapporteuse spéciale des Nations-Unies. Alors vous l’entendrez distinctement dire ceci, en anglais : « Le fait que, au lieu de freiner Israël, la majeure partie du monde l’ait armé, lui ait fourni des excuses politiques, un abri politique ainsi qu’un soutien économique et financier : c’est un défi. Le fait que la majeure partie des médias dans le monde occidental ait amplifié le récit pro-apartheid et celui du génocide constitue un défi. Et, en même temps, cela crée une opportunité. Parce que si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté mondiale n’avait été confrontée aux défis que nous affrontons tous. Nous, qui ne contrôlons pas de grandes quantités de capitaux financiers, d’algorithmes ni d’armes, nous voyons maintenant que nous avons, en tant qu’humanité, un ennemi commun2. » Sur X, elle poursuit le 9 février : cet ennemi commun « est LE SYSTÈME qui a permis le génocide ». Et de répéter : capital, algorithmes, armement.
Mais la vérité, quelle importance ?
Nous, citoyen.nes, artistes, y tenons encore. Nous apportons par conséquent tout notre soutien à Francesca Albanese, défenseure du droit des peuples, donc, aussi, du peuple palestinien, à exister. Cet ordre international criminel, ce système, ne saurait avoir le dernier mot. C’est une simple question de survie collective. Nous sommes infiniment plus nombreux, aux quatre coins de la Terre, à vouloir que la force ne fasse plus loi. À savoir ce que le mot « droit » signifie véritablement. »
Principes fondateurs
Artistes Pour la Palestine – France (APP-F) est un réseau d’artistes et de travailleur⸱eu⸱se⸱s culturel⸱le⸱s en France, uni⸱e⸱s pour soutenir le peuple palestinien, son droit à la souveraineté et à la liberté. Nous nous rassemblons pour demander, de toute urgence, une solution juste pour toutes et tous en Palestine, y compris pour les réfugié⸱e⸱s palestinien⸱ne⸱s qui l’attendent depuis plus de 75 ans.
En tant qu’artistes et travailleur⸱euse⸱s culturel⸱le⸱s, nous savons que l’art aide à donner du sens, ainsi qu’à transmettre des récits et des émotions. À l’appel de la société palestinienne, artistes, cinéastes, musicien⸱ne⸱s, écrivain⸱e⸱s et organisations artistiques, nous nous mobilisons pour que l’horreur cesse et que les discours changent.
Nous dénonçons l’invisibilisation des Palestinien⸱ne⸱s et de leur culture dans les médias, ainsi que la propagation sur les plateaux TV et dans les journaux, d’une propagande raciste anti-palestinienne.
Nous déplorons l’impunité que le gouvernement français, mais aussi les entreprises et les institutions françaises, accordent à Israël, et de fait, leur complicité dans l’oppression du peuple palestinien, l’instauration d’un régime d’apartheid, la mise à feu et à sang de toute la région, dont le Liban et, aujourd’hui, le génocide à Gaza.
Nous voulons exprimer notre solidarité enracinée dans le droit international, mais aussi dans une opposition ferme à toutes les formes de violence, de racisme et de discrimination, y compris la négrophobie, l’islamophobie, l’antisémitisme, le validisme, le sexisme, et l’homophobie. Nous alertons sur l’instrumentalisation qui est faite de ces luttes par des politiques, organismes et figures médiatisées, pour mieux justifier le génocide à Gaza.
Enfin, répondant à l’appel des acteurs culturels de la société civile palestinienne, nous refusons de collaborer avec toute institution complice de l’apartheid israélien, et en particulier avec ses institutions étatiques et les événements culturels qu’elles organisent ou qu’elles parrainent, tant que l’État israélien ne respecte pas le droit international, les droits humains, et les droits imprescriptibles du peuple palestinien. Nous refusons de blanchir par l’art les crimes de l’État israélien et les violations des droits humains. Nos mots, notre travail, ne seront jamais au service d’un crime contre l’Humanité.
Comme l’a écrit le prix Pulitzer Anne Boyer en novembre 2023, après avoir démissionné de son poste de rédactrice en cheffe du service poésie du New York Times, pour protester contre le traitement médiatique de la situation à Gaza : « Parce que le statu quo est une forme d’expression en soi, parfois la seule chose qu’il reste aux artistes est le refus. » Nous aussi, aux côtés d’artistes et intellectuel.le.s dans le monde entier, nous refusons.
En mai 2024 la Cour internationale de justice a rappelé l’obligation pour la communauté internationale de mettre en œuvre des mesures pour prévenir le génocide, et le 21 novembre 2024 la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêts contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant pour crimes de guerres et crimes contre l’humanité. Cela ne fait que renforcer par des voies légales notre démarche humaine et solidaire.
Nous exigeons la justice, la dignité et le droit à l’autodétermination pour les Palestiniennes et les Palestiniens, comme pour toutes celles et tous ceux qui luttent contre la dépossession et la violence coloniale à travers la planète. Ce sont des questions sociales, écologiques, féministes cruciales qui devraient tous et toutes nous concerner.
Nous, artistes et écrivain⸱e⸱s, nous devons nous tenir du côté des opprimé⸱es. Nous demandons à ce que leur parole, leur vérité, leur humanité, mais aussi les faits, soient replacé⸱e⸱s au cœur du discours politique, intellectuel, artistique et médiatique.
Nous invitons toutes celles et tous ceux qui partagent cette vision à nous rejoindre.