En complément de ce qui a été publié dans la note précédente concernant Samuel Paty, il y a ceux qui font des différences entre les victimes, en raison du profil de l’assassin, et les autres. L’assassinat de Samuel Paty fut particulièrement odieux. Les assassinat d’Agnès Lassalle, de Mélanie G, furent, aussi, scandaleux, et on constate à quel point, parce que leurs assassins n’avaient pas le profil du crime qui a aussi frappé Dominique Bernard, elles sont ou totalement oubliées, ou ce qui leur est arrivé est rangé dans la case du « fait divers tragique ». Pour Mélanie G, la situation est pire encore, parce qu’elle était, « n’était », qu’AED : les petites mains qui assurent l’encadrement et la surveillance des élèves. Mélanie a perdu la vie à l’occasion d’une fouille, une pratique décidée peu auparavant par le Ministère de l’Education Nationale. Preuve des différences faites entre les morts importants et les morts qui ne le sont pas : de cet assassinat, il n’y a pas de page Wikipédia.
Il y a eu de telles victimes de tels crimes. A côté, il y a des professeur(e)s, agressés, verbalement, physiquement, insultés, attaqués en place publique, y compris par une action judiciaire. Il y a 50 ans, de tels faits étaient impossibles : parce que les professeur(e)s étaient respectés, en tant que tels. Mais ces 20 dernières années, des politiciens, souvent véreux, des ministres, des médias, réactionnaires (ils n’ont pas attendu Cnews pour faire du Cnews), des parents, des citoyens sur les réseaux, ont attaqué, attaquent encore les professeur(e)s, comme s’ils étaient responsables de tant de maux publics. C’est que, au sein des administrations, les professeur(e)s de l’Education Nationale sont connus pour être les plus massivement engagés à gauche. Aucun groupe de travailleurs dans la fonction publique n’a été autant, de fait, attaqué par les Ministres qui se sont succédés, par les politiques de l’Etat. La disparition, la diminution du respect envers les professeur(e)s, ont contribué au passage à l’acte de ces agresseurs, tueurs. Pourtant, par leur travail, ils garantissent que les jeunes deviennent des adultes formés, conscients, réfléchis : sans ce travail, les continuités productives cessent.
Il y a bien des métiers dont le système politique et économique actuel nous fait la publicité et qui sont pourtant, problématiques, dangereux, voire stupides, souvent assurés par des médiocres, voire des individus lamentables : commentateurs de la vie publique dans des médias, publicitaires, simulateurs divers, mafieux en costard, sous couverture d’une fonction réputée honorable, faux journalistes. Les dégâts de ces fonctions, de ceux qui les assurent, sont immenses. L’une d’elles a contribué et continue de contribuer massivement aux attaques contre les professeur(e)s : les commentateurs de la vie publique dans des médias. Les têtes de gondole de cette engeance ont pignon sur rue, sont très bien rémunérés par leurs employeurs, milliardaires ou grands groupes. Comme si on confiait les missions de l’enseignement à des barbouzes, des cancres.
Samuel Paty, Dominique Bernard, Agnès Lassalle, Mélanie G. ont été tués par un individu, mais chacun de ceux-ci a construit sa haine, son mépris, envers les professeur(e)s par cette parole en circulation à laquelle tant ont collaboré. Aujourd’hui, l’indécence a atteint son paroxysme : des commentateurs qui ont tant contribué, « commentent » de tels faits, un film qui évoque de tels faits, pour se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas.