« Racialisme » ? L’extrême-droite continue d’affirmer races et racisme, en mettant en cause les anti racistes !

Le terme « racialisme » a un sens précis en histoire des idées, et l’usage polémique qu’en fait aujourd’hui une partie du champ politique le vide de ce sens pour en faire une étiquette disqualifiante, très largement construite par et pour l’extrême droite.

Pourquoi le terme est conceptuellement inadapté

Le racisme désigne historiquement une doctrine qui postule l’existence de « races » humaines biologiquement distinctes, hiérarchisées, et en tire des conclusions politiques ou morales (infériorité, ségrégation, etc.). Il est au fondement des « racisme biologique » et « racisme scientifique », tel qu’il se développe aux XVIIIᵉ–XIXᵉ siècles puis culmine avec les idéologies coloniales et nazies.

Les courants antiracistes contemporains qui parlent de « race » ou de « personnes racisées » partent au contraire d’une thèse exactement inverse : la race n’existe pas biologiquement, mais elle fonctionne comme catégorie sociale de domination, produisant discriminations et violences. Pour ces approches (critical race theory, sociologie du racisme structurel, travaux sur les discriminations), l’usage du mot « race » est un outil pour décrire les rapports sociaux, non une croyance dans des races naturelles ; parler de « racialisme » à leur propos revient donc à confondre l’analyse d’un système raciste avec l’adhésion à ce système. Cette confusion permet de fabriquer une symétrie trompeuse : on pose d’un côté les racistes déclarés, de l’autre des antiracistes qualifiés de « racialistes », pour conclure que les deux « voient des races partout » et seraient au fond comparables. Or, dans la mesure où les seconds déconstruisent l’idée de race et s’attachent à documenter les discriminations, l’étiquette « racialiste » ne décrit pas leur position ; elle sert avant tout à la délégitimer dans l’espace public.

Comment et pourquoi l’extrême droite a investi ce mot

Les analyses sur les « nouveaux masques de l’extrême droite » montrent que, depuis plusieurs années, des cadres et intellectuels proches du RN et de la droite radicale ont adopté une stratégie consistant à accuser les mouvements antiracistes d’être eux-mêmes « racistes » ou « racialistes ». Il s’agit d’une extension d’une rhétorique plus ancienne : l’extrême droite se présente comme victime de « lois liberticides » antiracistes, dénonce un supposé « antiracisme totalitaire » et tente de renverser la charge en faisant passer les groupes qui nomment le racisme et les discriminations pour des fauteurs de division. Dans ce cadre, le mot « racialiste » devient un outil de guerre culturelle : il est utilisé comme un fourre‑tout pour amalgamer recherches universitaires sur le racisme, discours militants sur les personnes racisées, critiques du privilège blanc, et les présenter comme une idéologie dangereuse, identitaire ou séparatiste.Des analyses de presse et de sciences sociales soulignent que ce label est massivement mis en circulation par des commentateurs, éditorialistes et responsables politiques situés dans l’orbite de l’extrême droite, puis repris par une partie de la droite qui emprunte ses thèmes. Ce déplacement s’inscrit dans un mouvement plus large où l’extrême droite, tout en restant structurée par un imaginaire raciste (hiérarchisation des populations, théorie du « grand remplacement », préférence nationale), cherche à euphémiser son propre racisme et à le masquer derrière des mots comme « défense de la civilisation », « laïcité », « lutte contre le communautarisme ». Dans cette opération de blanchiment symbolique, faire passer les antiracistes pour « racialistes » permet de relativiser ou de nier l’ancrage raciste de l’extrême droite : si « tout le monde » est identitaire ou racialiste, alors plus personne ne l’est vraiment, et surtout pas ceux qui défendent la préférence nationale.

Ce qui, concrètement, rattache cet usage à l’extrême droite

Plusieurs indices convergent :

  • Historiquement, le racisme (dont le racialisme est une transposition affadie) au sens strict est au cœur des traditions d’extrême droite (racisme biologique, hiérarchisation des « races », héritages fascistes et nazis), comme le rappellent des travaux d’historiens et d’associations antiracistes.
  • Les discours contemporains qui popularisent la dénonciation de l’« idéologie racialiste » viennent de médias et de personnalités gravitant autour de l’extrême droite et portant déjà des thèmes comme le « grand remplacement » ou l’obsession migratoire.
  • Des analyses critiques montrent que l’expression « idéologie racialiste » sert précisément à disqualifier les personnes qui documentent le racisme structurel et les discriminations, en les renvoyant à une pseudo‑symétrie avec les racistes d’extrême droite, ce qui permet d’éviter de débattre du fond (discriminations, violences policières, héritage colonial).

De ce point de vue, dire que le terme « racialiste » est politiquement et théoriquement non pertinent pour qualifier les courants antiracistes contemporains, et qu’il porte la marque d’une construction discursive issue de l’extrême droite et de ses relais, revient à constater deux choses : la non‑adéquation du terme au contenu réel de ces courants, et la fonction stratégique de ce mot dans la bataille idéologique menée par ces forces.

Le partage de la vidéo, ci-dessous, par Histoires Crépues se fait avec un désaccord : il n’y a pas de « gauche divisée par le racisme », puisque Marianne appartient à la sphère du « printemps républicain », une mouvance intellectuelle et politique, qui relève de la droite.

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